Christophe Colomb - Cndp

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L'émission du CNDP et de La Cinquième pour les écoles, les collèges et les lycées. HISTOIRE COLLEGE. Imagerie d'histoire. Christophe Colomb.

L’émission du CNDP et de La Cinquième pour les écoles, les collèges et les lycées

HISTOIRE COLLEGE

Imagerie d’histoire

Christophe Colomb LE 12 OCTOBRE 1492,

Christophe Colomb et son équipage accostaient dans l’île de Guanahanì, rebaptisée San Salvador, qu’ils croyaient être un bout de l’Asie : savaient-ils qu’ils venaient d’inventer un « Nouveau Monde » ? La gravure du protestant Théodore de Bry donne du navigateur une image subjective. © CNDP

La « découverte » de l’Amérique est à la fois celle de nouveaux territoires, que les Couronnes ibériques en particulier allaient s’acharner à posséder en vue d’une exploitation économique et commerciale, mais aussi celle de « nouveaux » peuples : l’autre est cette figure étrange que l’on s’emploie, soit à réduire en servitude, soit à idéaliser dans des discours qui contribuent à construire le stéréotype du bon sauvage. La gravure de Théodore de Bry, datant de la fin du XVIe siècle, sert ici de fil conducteur : Colomb et les « conquistadors » qui le flanquent préfigurent par leurs attitudes et leur accoutrement les entreprises peu humanistes qui allaient présider à la « réduction » des indigènes tandis que les doux Indiens aux intentions pacifiques semblent sous-estimer gravement les motivations de leurs visiteurs. Si la dramaturgie post-colombienne est d’emblée annoncée, c’est, en réalité, pour mieux servir le message anti-catholique et anti-espagnol du protestant de Bry. La représentation de l’« événement » de la découverte n’est alors plus qu’une représentation prétexte.

Informations

DECOUPAGE 00 min 00 s Panorama de l’île de San Salvador, au Sud des Bahamas, où Christophe Colomb aborda un jour d’octobre 1492. 00 min 36 s La gravure de Théodore de Bry relate la rencontre entre Colomb et les autochtones. 01 min 34 s L’historien Loïc Joffredo commente la gravure de De Bry. 02 min 30 s L’île de San Salvador vue du large. 02 min 57 s Des extraits du Christophe Colomb de Lattueda reconstituent les premiers moments de la découverte (depuis la vigie, jusqu’au débarquement proprement dit). 03 min 47 s Localisation de San Salvador sur un planisphère. 03 min 55 s Colomb se représentait la Terre plus petite qu’elle n’est en réalité. L’océan Atlantique est alors perçu comme un milieu monstrueux, terrifiant. 04 min 14 s Michel Balard, professeur d’histoire à la Sorbonne, rappelle les savantes lectures dont Colomb était imprégné. 04 min 38 s Colomb a une longue expérience de la navigation (carte des trajets effectués avant son voyage vers l’ouest). 04 min 55 s Au musée de la Marine de Paris, Éric Rieth, directeur de recherche au CNRS, nous explique en quoi la caravelle a contribué à la réussite de Colomb. 05 min 55 s Quelle était le caractère profond du découvreur ? 06 min 15 s Selon Michel Balard, Colomb a porté un premier regard ethnologique sur la société amérindienne. 06 min 50 s Mise en scène de la rencontre avec les Indiens. 07 min 22 s Aux yeux de l’Église, Colomb est aussi une figure exemplaire, investie d’une mission, comme nous le rappelle Loïc Joffredo. 08 min 13 s Le tourisme est aujourd’hui l’activité principale de San Salvador. 08 min 45 s L’écrivain Jean Metellus évoque la disparition tragique des peuples Arawaks et Caraïbes sous l’effet de la conquête européenne issue de la découverte. 10 min 01 s L’historien italien Sandro Stella évoque la responsabilité supposée de Colomb dans le processus esclavagiste au Nouveau Monde. 10 min 52 s L’historien Marcel Dorigny détaille les conséquences pour l’Afrique de la traite esclavagiste aux Amériques.

2 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

CARTE D’IDENTITE Disciplines, classes et programmes concernés en priorité Histoire, 5e. « L’Europe à la découverte du monde ».

Objectifs de l’émission Montrer quelles furent les motivations d’un des plus grands navigateurs européens de la fin du XVe siècle : Christophe Colomb. Esquisser quelques traits du processus de « destruction » qu’enclencha la « découverte » de l’Amérique par Colomb. Analyser le regard porté par Théodore de Bry sur la rencontre entre Colomb et les « indigènes ».

Principaux thèmes abordés La découverte des Antilles par Colomb, à l’issue de son premier voyage. Les techniques de la découverte : la caravelle. Les motivations scientifiques et religieuses du périple colombien. La lecture de l’événement par Théodore de Bry (fin du XVIe siècle). La traite européenne des Noirs d’Afrique, conséquence de la découverte et de la conquête du Nouveau Monde.

Représentations préalables à prendre en compte Christophe Colomb figure dans la mythologie européenne comme le découvreur par excellence : il conviendra donc de nuancer cette image auprès des élèves et de leur faire appréhender la diversité du monde des découvreurs, explorateurs et navigateurs à la fin de l’époque médiévale. L’analyse de la gravure de Théodore de Bry et des propos de certains des intervenants, doit permettre d’approcher le discours mythologique autour de la figure de l’Indien et d’éviter ainsi de porter sur l’épisode relaté un regard proprement anachronique et dénué de réalité historique.

Vocabulaire à expliquer Canons de l’art grec, cosmographe, tirant d’eau, hidalgo.

Vocabulaire à mettre en place Découverte, conquête, caravelle, « mythe du bon sauvage ».

3 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

En classe

SUGGESTIONS PEDAGOGIQUES ½ Piste : Christophe Colomb, un homme dans son époque Histoire, 5e

Il s’agit ici d’appréhender quelques-unes des figures de Colomb en le resituant dans son époque, de relativiser en partie son entreprise et de faire un sort aux regards anachroniques portés sur cette même entreprise.

• Un navigateur explorateur. Rappeler l’origine génoise du découvreur : son nom est Cristoforo Colombo (« hispanisé » en Cristobal Colon). Il a longtemps été au service du Portugal : revenir, à cet égard, sur le rôle majeur joué par les Portugais dans les voyages de découvertes, l’intérêt porté à la question par certains des souverains portugais du XVe siècle (tel Henri le Navigateur) et montrer l’étendue de la thalassocratie lusitanienne. Colomb a une connaissance intime du milieu marin et du monde de la navigation (même s’il n’est pas à l’époque réputé comme le meilleur navigateur ; les frères Pinzon, qui l’accompagnent dans son premier voyage, ont meilleure réputation). Sa réputation et, surtout, sa persévérance lui valent toutefois l’octroi, avant son départ, du titre d’« amiral de la mer Océane » (on montrera que l’octroi – à terme exorbitant – de ce titre est révélateur de la confiance finalement mesurée des souverains espagnols à l’égard de la réussite de l’expédition...). – La caravelle : instrument de la traversée de la « mer Océane ». Se reporter à la séquence au musée de la Marine. Remarquer l’origine extra européenne du bateau qui témoigne des échanges plus ou moins consentis entre les mondes chrétien et musulman. Relever l’audace des navigateurs explorateurs, qui partent vers l’inconnu avec des navires peu nombreux, peu imposants et fragiles (en dépit de leurs qualités manœuvrières, à apprécier en fonction des commentaires d’Éric Rieth). – Le premier voyage (1492-1493). En s’appuyant sur le film et des extraits du Journal de Colomb, relater le premier voyage (il y en eut quatre) : retracer, sur une carte, son itinéraire. Rappeler les difficultés de la traversée, les tensions avec l’équipage. – Les motivations du voyage. Il s’agit à la fois d’assurer la grandeur des rois catholiques (au service desquels l’amiral se trouve), au détriment des Portugais qui ne lui ont pas renouvelé leur confiance et de joindre l’Asie (et plus particulièrement le Japon, la Cypango de Marco Polo) par l’ouest, à des fins en partie économiques (l’Asie est le continent des épices, de l’or, etc.). Rappeler que la liaison maritime Europe-Asie par l’est, en contournant l’Afrique, est assez récente, et que le contexte est à la concurrence entre explorateurs et plus largement entre monarchies ibériques : Colomb est un compétiteur, qui se veut 4 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

précurseur. Le navigateur doit également s’assurer que non loin des Canaries se trouve une terre (que Colomb, tributaire des connaissances de son époque, ne peut qu’assimiler au continent asiatique) que l’on peut joindre rapidement par une utilisation judicieuse des courants marins et des alizés. Le dessein de Colomb est de démontrer (mais n’est-ce pas déjà plus ou moins acquis depuis le périple de Bartolomeo Dias ?) que l’océan Atlantique n’est pas cet océan fantasmagorique peuplé d’êtres monstrueux... Quant à vérifier que la terre est ronde, il s’agit d’une idée admise depuis longtemps (contrairement à ce que croient encore nombre de nos contemporains s’imaginant que les hommes de ce temps imaginaient encore leur planète plate…). • Un découvreur ? Que pense avoir atteint Colomb en ce jour d’octobre 1492 ? Le qualificatif de découvreur lui a été contesté. Jusqu’à sa mort, l’amiral a-t-il eu vraiment conscience qu’il avait abordé un Nouveau Monde ? Le point est discuté. De même, ce monde n’avait-il pas été touché par les Vikings aux alentours de l’an mille ? En outre, il ne suffit pas de découvrir une terre pour assurer son succès, encore faut-il la faire connaître (globalement, la « communication » de Colomb fut une succession de ratés ! Le fait que ce nouveau continent ce soit appelé Amérique et non Colombie est assez révélateur…). Quand Colomb débarque, il se montre ethnologue : le vérifier dans son Journal tout en montrant les limites de cette assertion.

• Un homme et des mythes. – Le mythe du paradis terrestre. L’un des objets des voyages de découvertes est de partir à la recherche des contrées mythiques. Rechercher le paradis sur terre était l’un des objectifs de Colomb : son Journal ne révèle-t-il pas, par endroits, dans le vocabulaire, dans les descriptions effectuées, la conviction qu’il a bien atteint l’éden ? – Le mythe de la croisade. Colomb se croit prédestiné à une mission d’ordre religieux : son prénom n’est pas anodin ; il est le porte-Christ (saint Christophe est celui qui porte le Christ : se reporter à l’explication de l’historien Loïc Joffredo à ce sujet). La dimension mystique de l’exploit de Colomb est parfois sous-estimée. Elle n’est pas à négliger et correspond tout à fait à la mentalité de l’époque, empreinte de l’idée de croisade (Colomb est un croisé qui œuvre au service de Dieu, même si ces dehors couvrent des motifs plus matérialistes...) : d’ailleurs, en 1492, l’Espagne n’est-elle pas en pleine croisade anti-musulmane ? La prise de Grenade par Isabelle la Catholique éclipse, et pour cause, la « découverte » colombienne. La religion est partout présente, même dans le processus de nomination des lieux découverts : la première île est ainsi baptisée San Salvador, et ce n’est pas le seul exemple. • Un esclavagiste ? Que recouvre l’appellation Indiens ? Qui sont les Arawaks ? Et les Caraïbes (Caribes, déclinés par la suite en Cannibales) ? En prenant appui sur les propos de Jean Metellus, expliquer pourquoi ces populations ont disparu. Relativiser ses explications (certes les guerres entre Indiens et Européens, les massacres, déportations et réductions en esclavage sont des faits notables, mais ne faut-il pas faire aussi intervenir le « génocide 5 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

sans préméditation » que constitua la diffusion de maladies nouvelles contre lesquelles les Indiens n’étaient pas immunisés et qui causèrent les hécatombes les plus importantes ?) Sur l’esclavagisme : les témoignages de Jean Metellus et de Marcel Dorigny tendent peu ou prou à faire de Colomb celui par qui le mal est arrivé (la responsabilité d’un Bartolomé de Las Casas, plus réelle, n’est pas évoquée). N’est-ce pas lui faire trop d’« honneur » et faire l’impasse sur les conditions et les mentalités de l’époque, souvent à mille lieues de nos préoccupations humanistes et/ou humanitaires ? Colomb fut bien un négrier, mais ni plus ni moins que d’autres à son époque, et son trafic fut d’une tout autre ampleur que la grande traite transatlantique des XVIIe et XVIIIe siècles qui, du fait des Européens, causa effectivement un traumatisme démographique en Afrique de l’ouest…

½ Démarche : une vision de la découverte ? Théodore de Bry Histoire, 5e

La démarche se fonde sur le document présenté dans le film (et figurant en général dans les manuels scolaires) et une recherche préalable. Une évaluation peut être effectuée à l’aide de la Fiche élève.

• La nature du document. Il s’agit d’une gravure. C’est un moyen de réinvestir les connaissances des élèves relatives à l’imprimerie et aux techniques de composition de ce type d’œuvre qui foisonne aux XVe et XVIe siècles. • La distorsion entre l’époque de composition et l’époque représentée. Noter d’emblée que l’œuvre est fabriquée à l’extrême fin du XVIe siècle, par un protestant, ce qui pose plusieurs problèmes : à quelles recompositions l’auteur s’est-il livré ? Que révèle l’œuvre des contextes religieux et politique de la fin du XVIe siècle ? Et en dernier ressort, dans quelle mesure l’événement représenté n’est-il que l’accessoire permettant à de Bry de véhiculer ses préoccupations de protestant engagé dans la lutte anti-catholique et anti-espagnole ? Au préalable, les élèves rechercheront quelques éléments sur l’histoire du vêtement et du costume de la fin du XVe à la fin du XVIe siècle : Christophe Colomb ainsi que les hommes qui l’accompagnaient étaient-ils accoutrés en 1492, de la façon dont le présente Théodore de Bry ? Les reconstitutions cinématographiques sont plus réalistes que l’approche de l’artiste graveur. Aussi sommes-nous en présence d’une œuvre à prétention historienne mais qui ne l’est pas au sens actuel que nous donnons à ce dernier terme. Si le professeur n’a pas encore, à ce stade du programme, abordé les déchirements religieux qui ont traversé l’Europe du XVIe siècle, il faut que les élèves aient au moins une petite idée du « contentieux » qui divise les chrétiens entre catholiques et protestants. Afin d’appréhender au mieux le commentaire de Loïc Joffredo, l’élève doit avoir une définition précise de ce qu’est un protestant, savoir ce qui s’est passé dans les Pays-Bas espagnols de la seconde moitié du XVIe siècle, et n’être nullement décontenancé par certaines références néo-testamentaires (l’allusion aux Rois mages) et à l’art antique (les préacquis de 6e et les acquis de la séquence sur l’Humanisme et la 6 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

Renaissance sont suffisants...). Une fois ces éléments vérifiés, on peut s’attacher à l’analyse du document.

• Les représentations de l’auteur. – La représentation du cadre de la rencontre. En s’appuyant sur les éléments épars du film, montrer que la mise en scène de la rencontre s’inscrit dans un lieu géographique finalement proche du cadre originel (décrire le paysage à 03 min 25 s et comparer avec l’approche de l’auteur et avec celles des représentations cinématographiques). De Bry n’enjolive pas le cadre (à l’inverse de ce que Colomb, lui-même, peut relater dans son Journal), mais ce souci de véracité est-il conscient ? Traduit-il un présupposé ? Un conformisme stylistique – par méconnaissance des « paysages » extra européens ? – La représentation du « découvreur » et de ses comparses. De quelle manière la flotte « colombienne » est-elle représentée ? Quelle est l’intention sous-jacente de l’auteur ? Décrire Christophe Colomb et le comparer aux portraits supposés que l’on aurait conservés de lui et à sa représentation par le cinéma. En quoi son personnage apparaît-il antipathique ? À quoi ressemblent les soldats qui flanquent Colomb ? En quoi annoncent-ils le processus de conquête à laquelle les Espagnols en particulier vont se livrer à une échelle plus vaste par la suite ? Dans quelle mesure cette gravure traduitelle en un certain sens une vision téléologique de l’histoire ? – La représentation des « indigènes ». À partir d’un extrait du Journal de Colomb, définir la représentation initiale qu’a Colomb des « naturels » qui habitent l’île de Guanahanì (elle est « idyllique », mais cela ne dure pas car la réalité ne correspond pas aux a priori de Colomb sur le paradis terrestre qu’il pensait avoir découvert). Montrer dans quelle mesure la représentation des indigènes par Théodore de Bry est à la fois naïve et inscrite en partie dans la tradition de la Renaissance picturale et sculpturale du temps. Décrire la posture des Indiens devant le découvreur. Loïc Joffredo avance une comparaison entre les Indiens et les Rois mages : même si on peut éventuellement l’esquisser, il semble difficile de mener avec les élèves une étude qui discuterait cette approche, pour la contester in fine. Si, objectivement, l’acte des Rois mages entérine la reconnaissance du Messie (et pourquoi ne pas voir en Colomb le prophète de l’évangélisation à venir du Nouveau Monde ?), il est peu probable que de Bry (en dépit de l’idée qui spontanément surgit de l’observation de la gravure) ait assimilé les Indiens à l’image positive des Rois mages et les intentions du découvreur au message évangélique de Jésus. Plus prosaïquement, les cadeaux offerts par les Indiens constituent un témoignage à la fois de la générosité amérindienne telle que perçue par les Européens (on peut y voir la symbolique du don dans les sociétés traditionnelles, auquel cas on aurait affaire ici à un regard anthropologique précurseur...) et de l’imaginaire européen relatif au Nouveau Monde (comme un monde regorgeant de richesses dans lequel les Européens n’auraient qu’à puiser et figurant une sorte d’éden : d’ailleurs, les Indiens sont quasiment nus). On peut aussi interpréter la scène de la rencontre comme la mise en scène 7 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

d’un rapport dominants (les Européens) – dominés (les Amérindiens) qui ne veut pas encore dire son nom mais que l’auteur nous fait pressentir (l’érection de la Croix, l’armada, les découvreurs à la figure de conquérants lourdement harnachés, la générosité naïve des Indiens, leur fuite, à l’arrière-plan). • Un regard protestant de la découverte ? Anti-catholicisme, anti-espagnolisme et mythologie du « bon sauvage ». C’est sans doute la partie la plus difficile de la démarche à mettre en œuvre (si elle ne peut produire tous ses effets qu’avec les meilleures classes, elle nous paraît néanmoins indispensable pour faire comprendre la démarche de l’auteur, sans quoi on se condamne à une analyse historique imparfaite). La croyance religieuse de l’artiste est une dimension clé : de Bry est protestant (qui s’oppose à Colomb le catholique). Le contexte du XVIe siècle comme période d’exacerbation des tensions entre chrétiens « réformés » et « papistes » est central. Enfin, n’oublions pas que de Bry est originaire des Pays-Bas espagnols, sous domination catholique (une domination politicoreligieuse activement combattue par les protestants). L’œuvre possède donc plusieurs dimensions : anti-espagnole (le « découvreur » est au service de l’Espagne, puissance honnie, et à laquelle on ne peut que prêter de noirs desseins) et anti-catholique (la thématique guerrière ainsi que les indices d’une visée évangélisatrice – au mauvais sens du terme selon de Bry, car catholique – en viennent presque à saturer l’œuvre). Elle a également une dimension mythique – elle traduit une partie du regard porté par les Européens sur le Nouveau Monde et les êtres qui le peuplent – qu’il convient néanmoins de nuancer : les Amérindiens semblent inspirer de la sympathie à l’artiste, à tel point qu’on le rangerait ipso facto parmi les thuriféraires de la mythologie du bon sauvage ; or, d’autres gravures (qu’il faut montrer aux élèves) de l’artiste dépeignent les Indiens de façon nettement moins avantageuse. Dans L’Arrivée des Espagnols à San Salvador, les Indiens (figures inversées des découvreurs et conquérants) n’ont vocation qu’à servir le discours de l’artiste. L’étude de cette œuvre, d’une grande richesse, dépasse de loin le cadre programmatique de la découverte et de la conquête du Nouveau Monde.

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FICHE ELEVE Étude d’un document iconographique [À utiliser en histoire, 5e, après visionnement de l’émission et du document. Étude de la gravure de Théodore de Bry (fin XVIe siècle) : L’Arrivée des Espagnols à San Salvador.]

1. Présenter le document : nature, date et auteur. 2. Quel événement ce document est-il censé représenter ? 3. Quels éléments le montrent ? 4. Comment les Espagnols et les Indiens sont-ils représentés ? Insister sur les différences. 5. Ces représentations sont-elles différentes de celles qui figurent dans le film (reconstitutions par le cinéma, etc.) ? 6. Quels éléments indiquent que les Espagnols sont animés, selon de Bry, de mauvaises intentions ? 7. Pourquoi de Bry présente-t-il une image négative de Colomb ? Donner deux raisons.

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Documentation

COMPLEMENT La mémoire de Colomb aux Amériques « À Tegucigalpa (Honduras), trois Indiens ont symboliquement “exécuté” de neuf flèches le découvreur de l’Amérique, Christophe Colomb, “condamné à mort” au terme d’un procès symbolique de plusieurs mois, comme instigateur “du plus grand holocauste contre l’humanité”. Antonio Sanchez (cinquante-trois ans), Roberto Bautista (vingt et un ans) et Domingo Sanchez (soixante ans) ont décoché leurs flèches contre Colomb, représenté sur une peinture de deux mètres de haut sur un mètre de large, sous les acclamations de quelque deux mille Indiens lencas. “L’exécution” de l’explorateur a coïncidé avec le 506e anniversaire de son arrivée en Amérique, le 12 octobre 1492. Le “procès” était organisé par le Conseil civique des organisations populaires et indiennes (COPIN). Colomb a été “trouvé coupable d’enlèvement, ethnocide, vol, viol de nos femmes, invasion, traite d’esclaves, génocide de nos anciens, tortures contre des milliers d’Indiens et assassinats en masse”, a expliqué Oswaldo Martinez, porte-parole du jury. » « L’exécution de Christophe Colomb », L’Humanité, 14 octobre 1998.

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POUR EN SAVOIR PLUS À lire BERNAND Carmen, GRUZINSKI Serge, Histoire du Nouveau Monde, Tome I, « De la découverte à la conquête », Fayard, 1991. BERNARD Vincent, 1492, l’année admirable, Flammarion, coll. « Champs », n° 361, 1996. HOURIEZ Jacques (dir.), Christophe Colomb et la découverte de l’Amérique : mythe et histoire, colloque international de l’université de Franche-Comté, 2123 mai 1992, Les Belles lettres, coll. « Annales littéraires de l’université de Franche-Comté », n° 532, 1994. MAHN-LOT Marianne, Portrait historique de Christophe Colomb, Le Seuil, coll. « Points. Histoire », n° 122, 1988. SANCHEZ Jean-Pierre, Mythes et légendes de la conquête de l’Amérique , Tome I, Presses universitaires de Rennes, 1996. Consulter essentiellement les chapitres V (« Christophe Colomb : un découvreur légendaire »), VI (« L’âge d’or retrouvé »), et VII (« Le paradis dans le Nouveau Monde »). « Colomb et les Amériques », TDC, n° 621-622, CNDP, 1992. À consulter en bibliothèque. « Les Amériques avant Colomb », TDC, n° 627, CNDP, 1992. À consulter en bibliothèque.

À voir Civilisations précolombiennes, diathèque sciences humaines et sociales, CNDP, réf. 002 72324, 85 F. Le monde en ses États 2, « 1494, le traité de Tordesillas, le monde en partage », CNDP/La Cinquième, 1995, cassette VHS (2 x 10 min), réf. 002 R8971, 160 F.

À consulter http://metalab.unc.edu/expo/1492.exhibit/Intro.html : Cette exposition en ligne développe différents thèmes autour de la découverte de l’Amérique en 1492 : la situation du continent et de ses différentes populations avant l’arrivée des européens, etc. http://www.americas-fr.com/histoire/colomb/colomb.html : biographie complète de l’explorateur. http://www.docuweb.ca/SiSpain/french/history/discover.html : page d’histoire, bref rappel du contexte de la découverte.

À utiliser « Navegar : les découvertes des portugais du XVe au XVIIe siècle », cédérom, ODA éditions, 2000. 300 fiches documentaires (accès à la visualisation des bateaux en images de synthèse et aux instruments de navigation), une chronologie et un lexique. Õ Les références renvoient aux productions du CNDP. 11 Galilée : Christophe Colomb © CNDP 2000

RENSEIGNEMENTS PRATIQUES Diffusion Conception Auteur Réalisateur Durée Public Indexation

Lundi 12 juin 2000 / La Cinquième / à partir de 9 h Hervé Pernot assisté de Séverine Boutin Hervé Pernot Michel Vérot 13 minutes Histoire, 5e Descripteurs Motbis : Conquête de l’Amérique – Navigation – Peuple précolombien – Traite des Noirs – Reconquista

OBJECTIFS DE LA SERIE IMAGERIE D’HISTOIRE Cette série se propose d’étudier treize grands faits d’histoire de France à travers les images officielles et figées qui en ont assuré ou relayé la célébrité. Chaque objet – tableau, statue, vase, photo, extrait de film, etc. – est soumis à une enquête qui analyse la légende dont il est porteur, à travers les reconstructions, les anecdotes, les faits avérés, les vérifications sur le terrain, la confrontation des sources diverses. L’analyse de ce document patrimonial sensibilise donc les élèves à un événement historique phare, tout en mettant en évidence les représentations idéologiques qui ont pu se focaliser autour de lui.

Auteur : Philippe Retailleau Coordinateur pédagogique : Yvan Amar Assistantes d’édition : Elsa le Blanc, Séverine Blondeau, Amande Reboul