Dieu est-il alcoolique ?

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L'UCL s'investit bien dans la problématique de l'alcool : référons-nous à un site web suggestif ... Ceci dit, pour la Bible, le vin (parce qu'il n'est pas question de.

Dieu est-il alcoolique ? Que j’écrive un article sur l’alcool ?! Le nouveau comité de rédaction du SLI aurait-il déjà bu le verre de trop pour me faire pareille demande, moi qui m’évertue tant bien que mal à garder en main un même verre de bière constamment rempli lorsque je suis en Mémé ? Allez, d’accord, parfois deux verres… L’UCL s’investit bien dans la problématique de l’alcool : référons-nous à un site web suggestif (www.univers-sante.be/Alcool), à un kot-à-projet dynamique (le bien connu Alkotest au quartier du Campanile) et à d’éminents spécialistes comme le Prof. Ph. de Timary pour approfondir le sujet. Et le titre de cet article alors : une provocation gratuite ? Oui… c’était juste pour accrocher ton regard et t’encourager à entamer la lecture ! Lorsqu’un étudiant vient m’aborder en Mémé, au passage du mercredi au jeudi, je dois admettre que l’ambiance mêlée à quelques détours au bar (avec son gobelet réutilisable !) aide à entamer la conversation. Si un étudiant vient vers moi en ayant déjà trop bu, qu’il soit surexcité ou quasi endormi, d’autres l’éconduisent sans que je ne doive heureusement intervenir (merci à eux !). Tout est donc une question de limite et de prise de conscience.

Pour moi, l’excès d’alcool est une prise d’inconscience. Rappelons ici que le mot alcool vient d’un terme arabe signifiant le masque, l’illusion. La conscience est ainsi voilée, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Comme si le fait d’exposer sa conscience menait à une fragilisation trop difficile à assumer. Si je me rends présent en Mémé, malgré tous les excès qu’on y rencontre, c’est peut-être, entre autres, pour rappeler que, quels que soient les artifices qui interfèrent, nous restons des êtres sociables méritant de nous laisser rencontrer. Offrir l’occasion – que certains pourraient trouver saugrenue – de parler, de se dire, d’aller au

fond de ses convictions, voilà ce que je propose à la Mémé, très modestement. Reste à se demander s’il est nécessaire pour cela de rechercher au préalable dans l’alcool un stimulant pour délier la langue, un désinhibant pour oser la rencontre, un sas pour vivre un échange, un anesthésique protecteur en cas d’échec ou de frustration. Je crois qu’une clé d’interprétation possible est le manque de confiance en soi, en l’autre, ou du moins la recherche de confiance. En tant que lecteur de la Bible, je n’y trouve aucune condamnation de l’alcool, quoi qu’en disent tant de sites web suspects. C’est la boisson enivrante qui est visée : boire de trop – le premier à vivre une de ces cuites de Dieu le Père étant Noé – mais aussi, comme pour le roi David par rapport à un de ses concurrents, faire trop boire. Ceci dit, pour la Bible, le vin (parce qu’il n’est pas question de bière… la Bible n’ayant pas été écrite en Belgique) est nécessaire à l’entretien de la vie. Servi aux fêtes, il donne goût au repas afin de donner goût à la rencontre : sans cela, quel intérêt ? C’est aussi un médicament : rappelle-toi la parabole du bon Samaritain ! Dans le livre des Proverbes, on lit que le vin est un remède capable de faire oublier aux personnes déprimées leur tristesse, leur solitude et leurs soucis, mais il provoque aussi la moquerie et les boissons fortes l’insolence. On le constate, dans la Bible aussi, c’est une question de limite. Je dois tout de même reconnaître qu’une forme d’ivresse est admise dans la Bible, c’est celle de l’amour… Il paraît qu’un tiers des étudiants pense qu’un baptême ne serait pas un véritable baptême sans boissons alcoolisées. On conviendra que ce rituel tient du jeu de rôle mais à chaque début d’année académique je me dis tout de même, face à tant d’excès, que le manque d’imagination est à nouveau au rendez-vous. Même si certaines épreuves de baptême sont sympathiques et encouragent à oser des rencontres inédites (surtout avec l’aumônier lorsqu’il s’agit de lui faire une déclaration d’amour !), à oser des découvertes du site universitaire que d’autres étudiants trop sages ne feront jamais, je me dis que les excès n’apportent rien de plus à l’intégration de l’étudiant. Sans vouloir jouer le moraliste de service, il m’est déjà arrivé de me rendre aux soins intensifs au lendemain d’excès, auprès d’étudiants qui disaient connaître leurs limites. Je me rappellerai toujours d’un matin qui a suivi la séance académique proclamant les nouveaux médecins. J’allais chercher mon pain vers 7h. Dans le caniveau avec sa dignité, un désormais ancien étudiant, médecin depuis la veille. « Il a bien fêté ça » me répliquerait-on. Bizarrement, il ne m’a pas reconnu.

Sois curieux ! [email protected], aumônier des étudiants Permanence à la Mémé, le mardi de 13 à 14h Contactable aussi via Facebook ou, à des heures convenables, au 0486/520654 Articles parus dans les précédents SLI accessibles sur www.uclouvain.be/29509