Le capitalisme est-il moral ? - HEC Paris

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Le petit traité des grandes vertus, publié en janvier 1995 a été vendu en France en 300 000 exemplaires et traduit en 24 langues. 2 Octobre 2002 - Traité du ...

Observatoire du Management Alternatif Alternative Management Observatory __ Fiche de lecture

Le capitalisme est-il moral ? Sur quelques ridicules et tyrannies de notre temps

André Comte-Sponville 2004

Violaine Laurens-Berge - Avril 2008 Mastère Spécialisé Management du Développement Durable – HEC 2007-2008 Laurens-Berge V. – Fiche de lecture : Le capitalisme est-il moral ? – Avril 2008

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Genèse de la fiche de lecture Cette fiche de lecture a été réalisée dans le cadre du cours « Histoire de la critique » donné par Eve Chiapello et Ludovic François au sein de la Majeure Alternative Management, spécialité de troisième année du programme Grande Ecole d’HEC Paris.

Origin of this review This review was presented in the “Histoire de la critique” course of Eve Chiapello and Ludovic François. This course is part of the “Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school program.

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Le capitalisme est-il moral ? Albin Michel, Paris, janvier 2007 (3ème édition) (Première parution : Octobre 2004) Résumé : Le capitalisme est-il moral ? est une synthèse de plusieurs conférences dispensées par André Comte-Sponville sur la question de l’éthique de l’entreprise. L’objectif de l’auteur est d’abord d’apporter des clarifications conceptuelles sur les rapports entre l’économie, la politique et la morale pour sortir des amalgames auxquels auraient mené les courants de la « responsabilité sociale de l’entreprise » et de l’ « entreprise éthique ». Selon André ComteSponville, prétendre marier profit et éthique relève d’une confusion entre deux ordres différents et ne permet pas de répondre aux problèmes soulevés par les dérives contemporaines de l’économie. Le capitalisme n’est ni moral, ni immoral ; il est « a-moral » dans le sens où la morale est intrinsèquement étrangère à l’ordre économique. Mots-clés : Capitalisme, Ethique, Ethique de l’entreprise, Responsabilité sociétale de l’entreprise, Doctrine politico-économique, Approche philosophique.

Is Capitalism moral? Albin Michel, Paris, January 2007 (3rd edition) (First publication: October 2004) Abstract: Is Capitalism moral? is a synthesis of several lectures delivered by André ComteSponville about business ethics. His first goal is to clarify the concept of relations between economics, politics and ethics in a context where the trend of Corporate Social Responsibility might lead to confusion on this topic. According to him, it’s a mistake to mix profit and ethics because economics and ethics belong to separate fields. Mixing them is not the way to solve the problems caused by the drifts of capitalism. Capitalism is neither moral nor immoral; it is a-moral in the sense that moral has basically nothing to do with economics. Keywords: Capitalism, Ethics, Business ethics, Corporate Social responsibility, Political and economical doctrine, Philosophical approach.

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Table des matières 1.

André Comte-Sponville et son œuvre ............................................................................. 5 1.1. Le bonheur avant tout............................................................................................. 5 1.2. Une synthèse appréciée sur l’éthique et la morale ................................................. 6

2.

Résumé de l’ouvrage ........................................................................................................ 7 2.1. Plan de l’ouvrage.................................................................................................... 7 2.2. Capitalisme et morale : la distinction des ordres ................................................... 8

3.

Des limites ? .................................................................................................................... 16 3.1. Des nuances à apporter......................................................................................... 16 3.2. L’avis du rédacteur............................................................................................... 17

4.

Bibliographie de l’auteur............................................................................................... 19

5.

Références ....................................................................................................................... 21

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1.

André Comte-Sponville et son œuvre 1.1.

Le bonheur avant tout

André COMTE-SPONVILLE est né à Paris en 1952. Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, agrégé de philosophie, il a été maître de conférences à la Sorbonne jusqu’en 1998 et Docteur Honoris Causa de l'Université de Mons-Hainaut, en Belgique. En 1998, il démissionne de l’Université de Paris I pour se consacrer exclusivement à l'écriture et aux conférences qu’il dispense dans des cadres et devant des publics très divers. Depuis 1995, André Comte-Sponville a publié une trentaine d’ouvrages1 dont les qualités pédagogiques ont rapidement conquis le grand public. En outre, il a dirigé notamment trois numéros de la Revue internationale de philosophie, consacrés à Montaigne (n° 181, 1992), à Pascal (n° 199, 1997), et à Alain (n° 215, 2001). Il publie également de nombreux articles dans la presse grand public (L'Express, Le Point, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Le Figaro, Psychologies ...). André Comte-Sponville a été nommé membre du Comité consultatif national d'éthique le 4 mars 2008 par Nicolas Sarkozy. L’œuvre d’André Comte-Sponville est fortement imprégnée de l’influence de ses maîtres à penser, au premier rang desquels Epicure, les Stoïciens, Montaigne et Spinoza. Ayant « perdu la foi » à l’âge de dix-huit ans, André Comte-Sponville se dit également proche de la tradition matérialiste et sceptique, tout en se définissant lui-même comme un « athée fidèle » dans la mesure où il s’inscrit dans l’histoire des valeurs judéo-chrétiennes. Philosophe humaniste, sa réflexion porte surtout sur l’idée de bonheur et la recherche de la sagesse : selon lui, «Qu'estce qu'être heureux ?» doit être la première question philosophique. Cherchant ainsi à renouer avec l'idéal ancien de sagesse tout en assumant les défis de la modernité (tels qu'on les voit apparaître chez Nietzsche, Marx et Freud)2, il propose une métaphysique matérialiste, une éthique humaniste et une spiritualité sans Dieu. Fidèle à la tradition matérialiste, l’auteur dénonce les illusions ou espérances spontanées de l'homme, qui, selon lui, éloignent de la sagesse. L’idée de bonheur chez Comte-Sponville se rapproche en fait du concept d’ataraxie développé par les philosophes antiques. Il s'agit de connaître et de vouloir, de « comprendre la réalité de nos désirs, plutôt que prendre nos désirs pour la réalité», pour atteindre le bonheur dans un élan constant de lucidité. 1

Cf. Bibliographie. Le petit traité des grandes vertus, publié en janvier 1995 a été vendu en France en 300 000 exemplaires et traduit en 24 langues 2 Octobre 2002 - Traité du désespoir et de la béatitude, Paris, PUF, 707 p.

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1.2.

Une synthèse appréciée sur l’éthique et la morale

Le capitalisme est-il moral ? est une synthèse de plusieurs conférences dispensées par André Comte-Sponville entre 2000 et 2004 devant des publics très divers (étudiants et enseignants d’écoles de commerce, membres d’associations ou cadres d’entreprises). L’objectif à l’origine de ces conférences était de proposer une clarification de la complexité « caractéristique de notre modernité intellectuelle, économique ou politique », afin d’ « aider chacun à prendre ses décisions et à assumer ses responsabilités face aux différents défis que le monde aujourd’hui nous impose ». L’ouvrage est structuré autour de deux grandes parties. Dans la première, l’auteur développe sa thèse en quatre points qui s’enchaînent de manière didactique pour apporter une réponse à la question-titre (le capitalisme est-il moral ?). La deuxième partie comprend la transcription d’échanges ayant eu lieu entre le philosophe et son public lors de ses conférences, avec pour objectif d’apporter un éclairage complémentaire au développement. La publication de cet ouvrage a fortement contribué à la notoriété du philosophe auprès du grand public, qui avait déjà très bien accueilli Le Petit traité des grandes vertus, publié pour la première fois en 1995. Ce succès de librairie avait attesté du regain d'intérêt dans un large public pour la réflexion éthique et morale. Avec Le Capitalisme est-il moral ?, André ComteSponville propose une nouvelle grille de lecture claire et accessible à tous sur les interactions et les frontières entre l’éthique, la morale et l’économie. Par sa démarche volontairement pédagogique, l’auteur se rapproche de la tendance des « nouveaux philosophes », à l’instar d’un Luc Ferry par exemple, qui revendiquent leur volonté de sortir la philosophie des sphères d'experts pour la mettre au service de tous comme guide de réflexion individuelle et collective.

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2.

Résumé de l’ouvrage 2.1.

Plan de l’ouvrage

PREMIERE PARTIE : LE CAPITALISME EST-IL MORAL ? Introduction I – Le retour de la morale 1. Deux générations, deux erreurs 2. Le « triomphe » du capitalisme 3. La « mort de Dieu » 4. La mode de « l’éthique de l’entreprise » II- Le problème des limites et la distinction des ordres 1. L’ordre techno-scientifique 2. L’ordre juridico-politique 3. L’ordre de la morale 4. L’ordre éthique III- Le capitalisme est-il moral ? 1. Morale et économie 2. L’erreur de Marx 3. Le veau d’or IV- La confusion des ordres : ridicule et tyrannie, angélisme et barbarie 1. Ridicule et tyrannie selon Pascal 2. La tyrannie de l’inférieur : la barbarie 3. La tyrannie du supérieur : l’angélisme 4. Responsabilité et solidarité Conclusion DEUXIEME PARTIE : QUESTIONS A ANDRE COMTE-SPONVILLE

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2.2. Capitalisme et morale : la distinction des ordres3 PREMIERE PARTIE – LE CAPITALISME EST-IL MORAL ? I - LE RETOUR DE LA MORALE Avant d’entrer dans le cœur de sa thèse, l’auteur propose une analyse préalable du « retour de la morale » qui se serait selon lui progressivement affirmé depuis les années 1980, dans les discours bien plus que dans les comportements. Il propose trois voies d’explications, dans une perspective de court, moyen et long terme.

Deux générations, deux erreurs Le premier facteur d’explication réside selon l’auteur dans le passage d’une génération du tout politique, la génération de mai 1968 pour laquelle ce qui était « juste » politiquement était nécessairement « bon » moralement, à une « génération morale », celle qui fit son entrée dans les années 80 et qui délaissa la politique au profit de la « solidarité » et de l’« humanitaire ». Ces deux générations ont été l’une comme l’autre dans l’erreur, dans la mesure où contrairement à ce qu’elles revendiquaient de manière antagoniste, politique et morale coexistent nécessairement et sont tout aussi importantes l’une que l’autre. Il semblerait aujourd’hui que cette « génération morale » laisserait progressivement la place à une toute nouvelle génération « spirituelle » qui placerait la question du sens de la vie au centre de ses préoccupations. Le triomphe du capitalisme A un horizon de moyen terme, ce retour de la morale s’explique par le « triomphe » du capitalisme consécutif à l’effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Alors que l’antagonisme entre le modèle occidental, libéral et capitaliste et le modèle soviétique stalinien se servaient mutuellement de justification, la fin de la guerre froide aurait entériné la domination du capitalisme occidental comme modèle économique incontesté. Cependant, la disparition de l’ « ennemi communiste » a eu pour effet paradoxal de faire perdre de son sens au modèle occidental. C’est donc aussi pour retrouver une justification positive dans des valeurs et des idéaux que l’Occident serait entré dans cette tendance au « retour de la morale ».

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Nous avons choisi ici de suivre la structure de l’ouvrage pour respecter le caractère pédagogique de l’enchaînement des différentes étapes du raisonnement.

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La mort de Dieu Enfin, à l’échelle du « temps long » de l’Histoire, ce phénomène semble lié au processus de sécularisation et de laïcisation amorcé pendant la Renaissance, accéléré avec les « Lumières » et aujourd’hui quasi-achevé. « Dieu est aujourd’hui socialement mort »4, c’est-àdire que s’il est toujours possible de croire individuellement en Dieu, il n’est plus possible de communier socialement en lui. La mort sociale de Dieu et l’affaiblissement de la religion5, se traduisent ainsi par une dissolution du lien social et l’avènement d’un individualisme triomphant, un « cocooning » dont le capitalisme s’accommode fort bien mais qui menace l’existence même de la communauté et de la civilisation. Dans ce contexte, « nous avons d’autant plus besoin de morale que nous avons moins de religion » car nous avons un besoin irrépressible de substituer aux préceptes de la religion des principes moraux qui puissent guider nos choix.

La mode de l’éthique d’entreprise Ce retour de la morale a été progressivement décliné dans une « version managériale » avec l’apparition des discours sur l’éthique de l’entreprise. Concept à la mode importé d’outre-Atlantique, la notion même d’éthique d’entreprise est non seulement porteuse de confusion mais elle est même ridicule car « ce serait la première fois que la vertu, à elle seule, ferait gagner de l’argent ». Le risque est donc grand à force d’accommoder la morale tous azimuts d’en diluer complètement le sens. C’est donc pour défaire cette tendance qu’il, importe d’identifier les limites entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, et ce en fonction des sphères dans lesquelles s’inscrit l’action.

II - LE PROBLEME DES LIMITES ET LA DISTINCTION DES ORDRES L’auteur définit dans cette partie quatre « ordres », au sens pascalien du terme, ayant leur cohérence propre et circonscrit à des limites intrinsèques spécifiques : l'ordre technico[économico]-scientifique, l'ordre politico-juridique, l'ordre de la morale, l'ordre de l'éthique, de l'amour. Il évoque la possible existence d'un cinquième ordre, celui du divin, mais n'y souscrit pas et déclare même en athée pouvoir très bien s'en passer.

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André Comte-Sponville reprend ici l’analyse de Nietzsche sur la « mort de Dieu » dans la modernité. Etymologiquement, la religion est « ce qui lie ».

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L’ordre techno-scientifique, ordre des sciences du vivant mais aussi de l’économie, est structuré par l’opposition du techniquement possible et du techniquement impossible, du techniquement vrai et du techniquement faux. Mais la frontière interne entre le possible et l’impossible ne permet pas de limiter l’ordre techno-scientifique lui-même puisqu’elle est en constant mouvement. Pourtant « le progrès technologique n’est pas une garantie » : il peut se retourner contre l’homme. Il est donc nécessaire que l’ordre techno-scientifique soit limité de l’extérieur. Il peut notamment être limité par la loi, c’est-à-dire par l’ordre juridicopolitique. Celui-ci est structuré intérieurement par l’opposition du légal et de l’illégal. Juridiquement, il y a ce que la loi autorise (le légal) et ce que la loi interdit (l’illégal). Politiquement, il y a ceux qui sont en état de faire la loi et ceux qui ne sont pas en état de faire la loi. C’est ce qui fonde la République démocratique. Pour autant, la démocratie ne confère pas de limite à la démocratie : à l’échelle individuelle, un individu totalement respectueux des lois peut être « un vrai salaud légaliste »; à l’échelle collective les citoyens d’un pays peuvent voter des lois génocidaires ou racistes. Il est donc également nécessaire d’établir des limites extérieures à cet ordre. L’ordre de la morale pose des limites tant au possible qu’à la légalité, sur le plan individuel et à l’échelle collective. L’ordre de la morale est structuré intérieurement par l’opposition du Bien et du Mal, du devoir et de l’interdit. La morale est forcément relative, puisque façonnée par l’Histoire et les cultures, mais fonctionne en même temps comme un absolu. Si la morale n’a pas besoin d’être limitée, elle a cependant besoin d’être complétée car elle est en elle-même insuffisante. Un individu qui ne ferait que son devoir manquerait une dimension essentielle : la civilisation, c’est-à-dire l’amour. C’est pour cette raison qu’un quatrième ordre peut être proposé : l’ordre de l’éthique. Il est en effet important de distinguer ce qui est moral (tout ce qu’on fait par devoir) de ce qui est éthique (tout ce qu’on fait par amour). L’ordre éthique est structuré intérieurement par l’opposition de la joie et de la tristesse, c’est-à-dire par le désir lui-même. C’est dans cet ordre que se rencontrent les trois formes d’amour : l’amour de la vérité (de la science), l’amour de la liberté (de la démocratie) et l’amour du prochain (humanisme). L’ordre éthique intervient dans les ordres précédents en tant que facteur de motivation pour le sujet mais il ne pourrait se

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suffire à lui-même. C’est donc pour cette raison que « nous avons besoin de ces quatre ordres à la fois, dans leur indépendance au moins relative et leur interaction »6.

III - LE CAPITALISME EST-IL MORAL ? Morale et économie Cette distinction des ordres permet de poser un constat fondamental: « Prétendre que le capitalisme est moral, ou même vouloir qu’il le soit, ce serait prétendre que l’ordre technoscientifique est intrinsèquement soumis à l’ordre de la morale, ce qui [est portant] exclu par leur type respectif de structuration interne ». Dans le domaine de l’économie par exemple, rien n’est jamais moral ni immoral. En effet, par exemple, on ne compte pas sur l’immoralité du coût des logements en France pour que les cours viennent à baisser. Les cours de l’immobilier dépendent uniquement de la marche générale de l’économie et de la loi de l’offre et de la demande. Le capitalisme n’est donc pas moral ; il est plutôt a-moral dans le sens privatif du terme. Par conséquent, si nous souhaitons que la morale s’exerce sur la société capitaliste (et c’est nécessaire), ce n’est ni de l’économie ni du capitalisme qu’elle pourra émerger. L’erreur de Marx « Cette amoralité foncière du capitalisme ne suffit pas à le condamner (…), notamment parce que ce qui a fait la force du capitalisme, au moins pour une part, dans sa rivalité contre le socialisme marxiste, toujours empêtré dans son exigence au moins initiale de moralité ». En effet, Marx avait pour objectif d’en finir avec l’injustice, c’est-à-dire in fine de soumettre l’ordre techno-scientifique à l’ordre moral. La faiblesse de Marx est d’avoir pensé que l’intérêt général pourrait dépasser, dans l’esprit du peuple, la somme des intérêts particuliers. Mais l’homme étant intrinsèquement mû par ses intérêts égoïstes, la dérive totalitaire du régime communiste marxiste était quasiment inévitable puisqu’il fallait bien imposer par la contrainte ce que la morale collective ne pouvait parvenir à atteindre. A l’inverse, le « génie du capitalisme » réside dans le fait qu’il s’accommode fort bien des intérêts individuels selon égoïstes : il n’a pas besoin de justification morale pour exister, ni même pour réussir.

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Comte-Sponville mentionne également la possibilité pour les croyants d’envisager un cinquième ordre, l’ordre de Dieu, plaçant l’amour en Dieu, absolu, comme échelle ultime de valeurs. Cependant, l’auteur précise que « faute d’avoir la foi, c’est une possibilité que [il] ne peut pas faire [sienne] ».

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Le veau d’or La définition marxienne du capitalisme fait apparaître une opposition franche entre le capital (accumulation de richesse propriété de l’actionnaire) et le travail (rémunération de l’activité salariée). Selon celle-ci, le capitalisme n’est en fait au service que des actionnaires qui détiennent le capital. En ce sens, parler de « service au client » est une erreur, car « servir le client » revient à générer du profit et donc à servir les actionnaires. De même, l’entreprise n’est pas « au service» des salariés, au contraire, les salariés sont rémunérés pour pouvoir assurer au mieux leur travail et donc générer du profit pour les actionnaires. Par ailleurs, si l’on s’en tient à une définition fonctionnelle du capitalisme, force est de constater que l’argent va à l’argent c'est-à-dire à ceux qui en ont le moins besoin. Par conséquent, si l’on cherchait à évaluer le degré de moralité du capitalisme, on le qualifierait inévitablement d’immoral. Mais il s’agirait en fait d’une profonde confusion des ordres. Il convient donc d’éviter une double erreur : celle de vouloir, à l’instar de Marx, soumettre l’économie à la morale ; et, inversement, celle de vouloir ériger l’économie en morale. Parler de « capitalisme vertueux », c’est envisager de porter le capitalisme au niveau de la morale, c'est-à-dire faire du marché une religion. « [Mais] c’est précisément ce qu’il s’agit d’empêcher. Si le marché devenait une religion, ce serait la pire de toutes, celle du veau d’or ». IV - LA CONFUSION DES ORDRES : RIDICULE ET TYRANNIE, ANGELISME OU BARBARIE Dans les Pensées (1670), Blaise Pascal définit le ridicule comme « la confusion entre les ordres » et la tyrannie comme « le ridicule au pouvoir, autrement dit, la confusion des ordres érigée en système de gouvernement ». Le rappel de ces notions permet d’analyser sans détours les comportements à l’œuvre dans la sphère économique contemporaine. Le patron qui se voudrait aimé pour le seul motif qu’il est patron, à l’instar des patrons paternalistes du XIXème siècle, est ridicule ; à l’inverse celui qui s’autoproclame détenteur de la seule vérité pour le même motif est non seulement ridicule mais surtout tyrannique. Deux risques de confusions des ordres nous menacent plus particulièrement: la tyrannie de l’inférieur, c’est-àdire la barbarie, et la tyrannie du supérieur, c’est-à-dire l’angélisme. La tyrannie de l’inférieur : la barbarie La barbarie est la tyrannie qui consiste à soumettre un ordre donné à un ordre inférieur. Elle peut se traduire par exemple par la volonté de soumettre l’ordre juridico-politique à

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l’ordre techno-scientifique en plaçant les lois du marché au dessus de l’exercice démocratique de la souveraineté populaire. Cette tendance à la barbarie technocratique ou libérale semble particulièrement présente aujourd’hui, mais elle n’est pas la seule forme de barbarie à l’œuvre. La barbarie politique, qui soumet la morale à la politique et au droit, la barbarie moralisatrice, tyrannie des prudes et des puritains, ou encore la barbarie éthique7 qui cherche à soumettre Dieu à l’amour des Hommes, nous menacent tout autant. La tyrannie du supérieur : l’angélisme Symétrique de la barbarie, l’angélisme est la tyrannie qui prétend annuler ou déstructurer un ordre donné au nom d’un ordre supérieur. L’angélisme politique ou juridique, prétend par exemple pouvoir annuler les contraintes économiques, techniques ou scientifiques au nom de la politique ou du droit. Il prend principalement la forme du volontarisme politique qui croit pouvoir résoudre des problèmes économiques ou des défis scientifiques avec la seule volonté politique. L’angélisme n’est pas pour autant moins dangereux que la barbarie et au contraire il peut parfois l’être davantage car plus insidieux. C’est par exemple le cas de l’angélisme religieux, qui chercher à dépasser les contraintes et les exigences des quatre premiers ordres au nom d’un éventuel ordre divin ou surnaturel. En voulant que la religion dise le bien du mal, le juste de l’injuste, le légal de l’illégal et le vrai du faux, l’angélisme religieux n’est en fait rien d’autre qu’un intégrisme. Responsabilité et solidarité La responsabilité relève d’une logique de décision, c’est-à-dire du choix qui doit parfois être nécessairement opéré entre les différents ordres. C’est donc le contraire de la tyrannie dans le sens où l’individu responsable ne fait pas de confusion entre les ordres. Le choix se fait bien au cas par cas, suivant les situations. Instaurer une règle générale comme « se fier toujours à l’amour » ou « favoriser toujours l’économie » serait faire preuve d’angélisme ou de barbarie, tout au moins de ridicule et de tyrannie. En outre, la responsabilité ne se délègue pas, « elle est toujours personnelle ». Ainsi, si l’entreprise n’a pas de morale, ses membres en revanche en ont une en tant qu’individu. Le commerce ne relève pas d’une valeur morale désintéressée mais de l’économie, qui elle ne l’est jamais. Pour autant, l’intérêt n’est pas « condamnable » puisque c’est naturellement ce qui nous fait agir ensemble. Il existe cependant deux façons de gérer l’intérêt : la générosité, qui s’assimile à une bienveillance 7

On considère la barbarie éthique dans l’hypothèse où on admet l’existence d’un cinquième ordre, l’ordre de Dieu.

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désintéressée ; et la solidarité, qui consiste à prendre en compte les intérêts de l’autre parce qu’on les partage. La générosité est donc une vertu morale, la solidarité une vertu politique. Le commerce, qui consiste à maintenir entre deux parties une convergence objective d’intérêts, est donc une forme de solidarité marchande dont les limites sont fixées par le degré de convergence des intérêts. Libéralisme ou ultralibéralisme Alors que les « ultralibéraux » considèrent que le marché suffit à tout, les « libéraux » souhaitent résister contre la société de marché, c’est-à-dire la marchandisation de tout. Il est en effet indispensable que la politique limite les effets du marché, de l’extérieur, lorsqu’ils sont politiquement et moralement insupportables. L’ordre jurdico-politique est le seul qui permettre que les valeurs des individus aient quelque prise dans l’ordre techno-scientifique économique et il est, en ce sens, décisif. CONCLUSION La distinction des ordres est une grille de lecture qui ne permet certes pas de résoudre les problèmes. Il est cependant possible de hiérarchiser ces ordres, soit selon une hiérarchie ascendante des primautés allant de l’ordre techno-scientifique vers l’ordre éthique dans un cheminement vers la plus haute valeur subjective pour un individu (la primauté) ; soit inversement selon un enchaînement descendant des primats dans un cheminement vers ce qui est objectivement le plus important pour un groupe (le primat). Ces deux hiérarchies n’ont de sens qu’en fonction de l’échelle envisagée: un groupe tendra toujours vers l’obtention de moyens matériels, tandis qu’un individu sera davantage porté vers l’amour. A chacun donc de s’élever individuellement vers la « grâce », par l’amour, la lucidité et le courage, pour compenser la « pesanteur » du groupe. DEUXIEME PARTIE - QUESTIONS A ANDRE COMTE-SPONVILLE La deuxième partie de l’ouvrage est une retranscription d’échanges (sous forme de questions-réponses) entre l’auteur et l’auditoire de ses conférences. La plupart des réponses d’André Comte-Sponville prennent pour point de départ une anecdote ou un exemple très concret qui lui permettent de développer un élément clef de sa thèse8. La question du rapport entre la morale et la politique est abordée à plusieurs reprises, notamment comme grille de lecture du clivage gauche-droite. André Comte-Sponville, qui se 8

Nous avons choisi ici de résumer quelques points récurrents des échanges qui nous ont semblé les plus éclairants sur la thèse de l’auteur.

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définit lui-même comme un homme de gauche, explique avoir tendance à penser, notamment sur la question de l’égalité des biens, que « la gauche a moralement raison et que la droite a économiquement raison ». Pour autant, il répond à la question en rappelant un élément clef de sa thèse : la morale est intrinsèquement personnelle, la politique évidemment collective. De nombreuses questions des auditeurs soulignent les limites de la distinction des « ordres » en mettant en exergue le fait que nous sommes toujours dans plusieurs ordres à la fois, que nos priorités dans un ordre ont inévitablement des répercussions dans d’autres ordres. L’auteur précise alors qu’il faut en effet toujours veiller à ne pas confondre les ordres, y compris dans le vocabulaire. Par exemple : « Le travail n’est pas une valeur morale, mais l’amour du travail bien fait en est une ; le travail n’est pas une valeur mais il a une valeur ». De la même manière, la conscience morale n’abolit pas les lois du commerce mais elle intervient incontestablement dans l’économie. La distinction des ordres ne signifie donc pas leur séparation : chaque ordre a sa logique propre mais tous interagissent en permanence les uns avec les autres. Par conséquent, la question de leur articulation est bien centrale et c’est seulement par une décision individuelle qu’elle peut être résolue, même si cette décision individuelle peut ensuite faire l’objet d’une solution collective. Bien que la plupart des auditeurs reconnaissent la pertinence de cette distinction des ordres, plusieurs contestent la vision d’André Comte-Sponville sur la question de l’éthique dans l’entreprise, soulignant notamment qu’il existe incontestablement des entreprises plus éthiques que d’autres. L’auteur reconnaît effectivement que les entreprises ne se valent pas toutes, mais il insiste sur le fait que ce n’est pas leur moralité qui les distingue mais les comportements humains individuels à l’œuvre en son sein. La morale a une place dans l’entreprise, mais la morale n’est pas la place de l’entreprise : c’est précisément la place des individus. Par ailleurs, le philosophe souligne qu’il existe autant de finalités de l’entreprise qu’il existe d’entreprises. Ainsi, le profit fait partie des finalités de l’entreprise et c’est souvent sa finalité majeure, mais ce n’est pas forcément la seule. Pour apporter une nuance à son propos, Comte-Sponville propose une définition de ce que pourrait être une entreprise citoyenne, préférant ce terme à celui d’éthique : « Une entreprise citoyenne, si l’on tient à l’expression, pourrait être une entreprise qui sans mettre l’intérêt de la nation plus haut que le sien propre, sans non plus se contenter de respecter la loi, essaierait de créer des convergences d’intérêt entre l’entreprise et la collectivité dans laquelle elle s’insère. »

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Le philosophe conclut son propos en rappelant que nous avons tout autant besoin d’économie que de morale. Pour autant, elles ne suffisent ni l’une ni l’autre et c’est pour cette raison que nous avons tous besoin de politique.

3.

Des limites ? 3.1.

Des nuances à apporter

Le capitalisme est-il moral ? a fait l’objet lors de sa publication en 2004 de plusieurs articles parus dans la presse, qui, de manière générale, ont salué les qualités pédagogiques de l’ouvrage et la pertinence du sujet traité par le philosophe, dans un contexte marqué par la multiplication de scandales économico-financiers, de l’affaire Enron jusqu’à la vogue des stock-options indécentes versées aux patrons de certaines grandes entreprises internationales. Depuis 2004, les propos de Comte-Sponville sont régulièrement cités dans les articles consacrés aux débats sur « la moralisation du capitalisme », comme une référence quasi incontournable pour alimenter la réflexion. En revanche, il ne semble pas que l’ouvrage, dont la vocation était de toute façon d’être destiné au grand public, ait fait l’objet d’un réel débat académique ou d’analyses critiques de la part d’autres philosophes travaillant sur ces thématiques. Quelques réactions critiques sont montées notamment des milieux de la recherche économique. Sarah Guillou, aujourd’hui économiste à l’OFCE, a notamment regretté dans un article publié sur le site de l’Ecole doctorale de l’Université de Nice, que la démonstration de Comte-Sponville souffrait d’une certaine confusion de l’objet traité. En effet, selon la classification de Comte-Sponville, le capitalisme, l’économie de marché, les entreprises privées ou même la gestion d’entreprise appartiennent tous à l’ordre techno-scientifique. Cependant, selon l’économiste, des nuances auraient été nécessaires dans la mesure où le capitalisme est bien plus qu’une technique : « Au regard des outils que développe ComteSponville, le capitalisme est en soi une articulation des ordres, le résultat d’une hiérarchie des ordres pour résoudre les problèmes économiques. C’est de cette articulation qu’il faut débattre. »

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3.2.

L’avis du rédacteur9

Rédigé dans un style clair, didactique et vivant, l’ouvrage de Comte-Sponville apporte en quelques pages des repères intellectuels stimulants et, à notre avis, indispensables à toute réflexion sur la vaste question de la responsabilité sociale de l’entreprise. En soulignant, parfois avec des propos décapants, combien la tendance à la « confusion des ordres » peut revêtir un caractère ridicule, au sens pascalien du terme, Comte-Sponville incite à la rigueur intellectuelle et au rejet de l’amalgame s’agissant de l’éthique de l’entreprise, expression d’ailleurs impropre par définition selon l’auteur. En ce sens, cet ouvrage offre une grille de lecture particulièrement efficace pour décoder avec lucidité les messages des entreprises sur leur responsabilité et leur « comportement éthique » mais aussi pour construire des politiques de développement durable intellectuellement cohérentes. Si « la morale ne saurait [effectivement] être la place de l’entreprise », l’articulation entre l’économie (l’ordre technoscientifique) et des enjeux qui lui sont initialement extérieurs, à savoir la préservation de l’environnement et l’équité sociale, est aujourd’hui un enjeu incontournable. En effet, la distinction des ordres et le fait qu’ils fonctionnent de manière autonome et selon une structure propre ne préservent pas des externalités négatives qu’ils peuvent avoir les uns sur les autres. Ainsi, la prédominance de l’ordre économique a abouti à un système mû par une logique de moyen, non plus par une logique de finalité vers un bien commun. Or si le progrès matériel, assuré par l’entreprise, est une condition du progrès humain, il ne suffit pas à assurer le bien-être social et peut directement nuire au milieu naturel. Il s’agit non seulement d’envisager, comme le souligne André Comte-Sponville, les limites extérieures à poser à chaque ordre, mais également de penser en termes d’interactions positives d’un ordre sur les autres et d’autorégulation des comportements individuels à l’intérieur de chaque ordre. Par ailleurs, il serait selon nous plus pertinent de poser un regard global sur l’articulation entre sphère économique, sphère sociale et politique et « ordre naturel » (si tant est que l’on puisse considérer l’environnement comme un « ordre » à part) sur la base de la notion de parties prenantes. Au-delà de toute considération morale, l’intégration systématique des attentes des parties prenantes10 dans la définition de la stratégie de l’entreprise et la mise en œuvre de ses activités permet en effet d’articuler les liens entre les différents ordres sans pour 9

Les propos tenus ici n’engagent que le rédacteur de cette fiche. Nous entendons par parties prenantes l’ensemble des acteurs concernés par le fonctionnement et les activités de l’entreprise, aussi bien à l’interne (actionnaires et salariés), qu’à l’externe (clients, fournisseurs, intermédiaires de financement mais aussi communautés locales, ONG, administrations territoriales, etc.) 10

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autant s’éloigner de la nature de l’entreprise. Mais, comme le souligne le professeur Philippe de Woot dans son analyse critique du mouvement actuel de la responsabilité sociale de l’entreprise11, il est peut-être aujourd’hui nécessaire d’aller plus loin et d’élargir les finalités de l’entreprise pour maintenir sa légitimité. S’il ne s’agit pas de définir une « morale » de l’entreprise, mener une réflexion sur les valeurs qui fondent l’entreprise et qu’elle véhicule elle-même à l’interne et à l’externe correspond à une demande croissante de la part de la société civile et des salariés. Si sa vocation est bien de générer du profit, il ne faut pas pour autant oublier qu’une entreprise est d’abord une organisation humaine au sein de laquelle travaillent des hommes qui ont aussi besoin de trouver du « sens » à leur activité.

11

DE WOOT Philippe, Responsabilité sociale de l'entreprise : Faut-il enchaîner Prométhée ?, Paris, Economica, octobre 2004

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4.

Bibliographie de l’auteur

- Mars 2008 - Le miel et l'absinthe : poésie et philosophie chez Lucrèce, Paris, Hermann, 216 p. - Juin 2007 - L'amour, la solitude : entretiens avec Patrick Vighetti, Judith Brouste, Charles Juliet, Paris, LGF, 184 p. - Mai 2007 - Présentations de la philosophie, Paris, LGF, 186 p. - Janvier 2007 - Le bonheur, désespérément, Paris, Librio, 86 p. - Octobre 2006 - L'esprit de l'athéisme : introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris, Albin Michel, 219 p. - Mai 2006 - Le capitalisme est-il moral ? : sur quelques ridicules et tyrannies de notre temps, Paris, LGF, 246 p. - Mai 2006 - Aimer désespérément, Paris, Albin Michel, 120 p. - Février 2006 - La plus belle histoire du bonheur, Paris, Points, 165 p. - Avril 2005 - La vie humaine (avec des dessins de Sylvie Thybert), Paris, Hermann, 138 p. - Janvier 2005 - La philosophie, Paris, PUF, 127 p. - Septembre 2004 - Doit-on légaliser l'euthanasie ?, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Ed. de l'Atelier, 119 p. - Septembre 2003 - A-t-on encore besoin d'une religion ? (avec Bernard Feillet, Alain Rémond et Alain Houziaux), Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Ed. de l'Atelier, 95 p. - Octobre 2002 - Traité du désespoir et de la béatitude, Paris, PUF, 707 p. - Novembre 2001 - Dictionnaire philosophique, Paris, PUF, 646 p. - Février 2000 - Pensées sur l'Homme, Paris, Albin Michel, 72 p. - Février 2000 - Pensées sur la sagesse, Paris, Albin Michel, 72 p. - Janvier 2000 - Le bonheur, désespérément, Nantes, Pleins Feux, 107 p. - Septembre 1999 - Pensées sur l'art, Paris, Albin Michel, 72 p. - Mars 1999 - Pensées sur l'athéisme, Paris, Albin Michel, 72 p. - Janvier 1999 - L'être-temps : quelques réflexions sur le temps de la conscience, Paris, PUF, 176 p. - Septembre 1998 - Pensées sur la liberté, Paris, Albin Michel, 65 p. - Septembre 1998 - Pensées sur la connaissance, Paris, Albin Michel 65 p. - Juin 1998 - Une éducation philosophique, Paris, PUF, 384 p. - Avril 1998 - Pensées sur l'amour, Paris, Albin Michel, 72 p. Laurens-Berge V. – Fiche de lecture : Le capitalisme est-il moral ? – Avril 2008

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- Janvier 1998 - Pensées sur la politique, Paris, Albin Michel, 72 p. - Janvier 1998 - Valeur et vérité : études cyniques, Paris, PUF, 288 p. - Septembre 1997 - De l'autre côté du désespoir : introduction à la pensée de Svâmi Prajnânpad, Accarias-L'Originel, 117 p. - Septembre 1996 – Impromptus, Paris, PUF, 192 p. - Janvier 1995 - Petit traité des grandes vertus, Paris, PUF, 392 p. - Janvier 1993 - Je ne suis pas philosophe : Montaigne et la philosophie, Paris, H. Champion 46 p. - Mai 1999, Le Gai Désespoir, Liège, éd. Alice, 62 p. - Septembre 1999 - La sagesse des Modernes (avec Luc Ferry), Paris, Ed. Robert Laffont, 572 p. - Septembre 1999 - Chardin ou la matière heureuse, Paris, Ed. Adam Biro, 127 p. - Juin 2002, Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens (avec Alain Boyer et Vincent Descombe), Grasset, rééd. Le Livre de poche, 320 p. - Janvier 1995, Camus de l'absurde à l'amour (en collaboration avec Laurent Bove et Patrick Renou), Paris, éd. Paroles d'Aube, réed. La Renaissance du Livre, 106 p.

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5.

Références

Ouvrages : De Woot Philippe, Responsabilité sociale de l'entreprise : Faut-il enchaîner Prométhée ?, Paris, Economica, octobre 2004

Articles de presse : Chavagneux Christian, Le capitalisme est-il moral ? Sur quelques ridicules et tyrannies de notre temps par André Comte-Sponville, Alternatives Economiques, n°225, Mai 2004 Delanglade Sabine, L'éthique n'est pas à vendre, L'Express, 09.02.2004 Louyot Alain, Morale et capitalisme (Editorial), L'Expansion, 01.03.2008 Marseille Jacques, Le capitalisme : « sans foi ni loi » ?, Le Point, N°1850, 28.02.2008

Sites Internet Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Comte-Sponville Ecole doctorale Marchés et organisation http://www.unice.fr/edmo/index.html?page=newsletter5/sarahfichelecture1.htm Guillou Sarah, Revue de presse

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